Emprunts "en secret" : le Sénégal répond au Financial Times et défend sa stratégie de financement
- Le Patriote

- il y a 4 jours
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L'article du prestigieux quotidien financier britannique, dont les échos ont rapidement circulé dans les milieux économiques et diplomatiques, suggérait que le Sénégal aurait eu recours à des mécanismes de financement peu conventionnels, échappant aux circuits traditionnels de transparence. Une lecture que les autorités sénégalaises qualifient de "contraire à la réalité des faits".
Une stratégie formalisée et assumée
Dans sa réponse, le ministère des Finances et du Budget rappelle que la mobilisation des ressources publiques ne relève d'aucune improvisation. Elle s'appuie sur une Stratégie de gestion de la dette à moyen terme (SDMT) formellement adoptée et rendue publique. Ce document-cadre définit les orientations du gouvernement en matière d'endettement et fixe les plafonds de risque que l'État s'engage à ne pas dépasser.
Cette stratégie, soulignent les autorités, prévoit explicitement une diversification des sources de financement, tant en monnaie locale (franc CFA) qu'en devises étrangères. Une approche classique en matière de gestion de la dette publique, qui vise à réduire la dépendance à un type unique de créancier et à optimiser les conditions de financement.
Le marché régional comme socle
Les explications du ministère mettent en lumière le rôle central du marché financier régional de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). C'est sur ce marché que le Sénégal, comme l'ensemble des États membres, procède à l'essentiel de ses émissions de titres publics.
Selon les autorités, l'objectif poursuivi est d'élargir la base des investisseurs dans les titres publics de la zone. Le gouvernement entend notamment attirer davantage d'investisseurs institutionnels internationaux afin de renforcer la profondeur et la liquidité du marché financier régional. Une ambition partagée par l'ensemble des pays de l'Union, qui travaillent à l'intégration des marchés financiers ouest-africains dans le circuit mondial des capitaux.
Des opérations conformes aux pratiques de marché
Le ministère détaille le mécanisme utilisé : les financements sont levés à travers des adjudications publiques de titres d'État en monnaie locale, organisées selon un calendrier régulier rendu public par la direction du Trésor. Les investisseurs étrangers qui souhaitent participer à ces opérations le font via des mécanismes de change pour mobiliser des ressources en francs CFA.
À l'échéance des titres, ces mêmes investisseurs peuvent procéder à des opérations inverses pour convertir leurs avoirs dans leur devise d'origine, conformément aux pratiques standards des marchés financiers internationaux. "Ces opérations s'inscrivent strictement dans le cadre du plan de financement de l'État et dans les plafonds autorisés par les lois de finances", insiste la communication gouvernementale.
2025 : une diversification maîtrisée
Les émissions réalisées en 2025, sur lesquelles le Financial Times avait concentré son attention, relèvent selon le gouvernement d'une logique de diversification des instruments de financement. Elles ont été conduites conformément au calendrier du Trésor, dont la publication régulière garantit la transparence du processus.
Les autorités précisent que l'ensemble de ces opérations a été intégré au plan de financement 2025, document régulièrement partagé avec les partenaires techniques et financiers, au premier rang desquels le Fonds monétaire international (FMI). Des échanges approfondis ont eu lieu avec l'institution de Bretton Woods sur ces mécanismes, qui n'ont donc rien de confidentiel.
Transparence et crédibilité budgétaire
Cette mise au point intervient dans un contexte où la gestion des finances publiques sénégalaises fait l'objet d'une attention soutenue, tant des marchés que des partenaires internationaux. Depuis la révélation en 2024 d'une dette non déclarée par l'administration précédente, les nouvelles autorités ont fait de la transparence et de la rigueur budgétaire des marqueurs de leur action.
Le gouvernement rappelle que la communication sur la dette publique est régulière et publique, à travers les documents budgétaires, les rapports de la direction du Trésor et les évaluations des partenaires techniques. Loin des "montages opaques" évoqués par le Financial Times, les autorités sénégalaises défendent une gestion de la dette assumée, diversifiée et conforme aux standards internationaux.
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