Entrepreneuriat rural : la Der/Fj lance 100 fermes intégrées pour accélérer la souveraineté alimentaire au Sénégal
- Le Patriote

- 16 mars
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À la tête de la Der/Fj depuis l'alternance de 2024, le Dr Aïda Mbodji imprime sa marque : celle d'une institution résolument tournée vers l'opérationnel et la territorialisation des politiques publiques. Alors que le Pavie 2, soutenu par la Banque africaine de développement (Bad) et plusieurs partenaires techniques, s'apprête à monter en puissance, la Déléguée générale livre sa feuille de route pour les mois à venir.
Un projet phare pour la souveraineté alimentaire
Le Pavie 2 n'est pas un projet de plus dans le paysage des initiatives de développement. Porté par un consortium de bailleurs incluant la Bad, l'Agence française de développement (Afd), l'Afawa et l'État du Sénégal, il incarne la nouvelle doctrine économique du gouvernement : faire de l'agriculture un levier de création massive d'emplois et d'autosuffisance alimentaire.
Les objectifs affichés sont à la mesure de cette ambition : 15 000 hectares à aménager, 3 000 fermes intégrées de 5 hectares à créer, et 150 000 emplois à générer, dont 50 000 directement destinés aux femmes. Des fermes "connectées et intégrées", alliant agriculture et élevage, et conçues pour nécessiter moins d'efforts physiques grâce à la digitalisation.
"C'est le créneau de la Der qui soutient l'orientation du gouvernement. Notre modèle, aujourd'hui, c'est le référentiel 'Sénégal 2050'", explique le Dr Aïda Mbodji, reliant explicitement l'action de sa structure à la vision de long portée des nouvelles autorités.
Les leçons du Pavie 1 pour aller plus vite
L'optimisme affiché par la Déléguée générale quant à la réalisation du Pavie 2 en moins de cinq ans repose sur un socle concret : l'expérience acquise lors de la première phase du projet. À son arrivée à la tête de la Der, le Pavie 1 était exécuté à 73 %. Un taux d'avancement satisfaisant, mais qui cache des marges de progression.
"Nous avons tiré les leçons du Pavie 1, qui est un succès", insiste-t-elle. "Nous avons eu la chance de pouvoir l'évaluer de manière prospective ; ce qui nous a permis de démarrer le Pavie 2 sans attendre."
Cette évaluation a notamment mis en lumière l'importance d'une présence territoriale renforcée. Aujourd'hui, la Der dispose de 46 antennes départementales – bientôt 47 avec l'ouverture prochaine d'une représentation en Gambie. Un maillage qui permet de répondre aux exigences des bailleurs en matière de délais, de sourcing et d'accompagnement de proximité.
Autre atout : la continuité des équipes techniques. Le chef de projet qui avait lancé le Pavie à ses débuts, cinq ans plus tôt, est revenu d'une mission au Bénin pour piloter le Pavie 2. "C'est un sachant, un rompu à tous les niveaux du projet", se félicite le Dr Aïda Mbodji.
Le défi de la fluidité des financements
Reste une équation classique des projets cofinancés par les partenaires techniques : celle des délais de décaissement. Conditions suspensives, avis de non-objection, circuits de validation… Les procédures, nécessaires à la bonne gestion des fonds, peuvent aussi devenir des freins à la réactivité.
Dès sa rencontre avec le nouveau représentant résident de la Bad au Sénégal, Wilfrid Abiola, la Déléguée générale a mis le sujet sur la table. "Si nous n'avons pas la fluidité et la réactivité nécessaires de leur part, cela risque de nous poser problème", avertit-elle.
Mais la Der n'a pas attendu les premiers décaissements officiels pour agir. Une cinquantaine de fermes pilotes sont déjà en cours d'installation, financées sur une enveloppe de 3,5 milliards de FCFA prélevée sur les ressources propres de l'institution. Une manière d'anticiper et de tenir les délais, en attendant la mise en place des financements partenaires.
"Bay sa waar ci Senegaal" : le retour à la terre par le numérique
Le programme "Bay sa waar ci Senegaal" ("Cultive ton territoire au Sénégal") cristallise cette nouvelle approche. Derrière ce nom en wolof se cache un défi majeur : convaincre les jeunes de revenir vers l'agriculture, dans un contexte où l'exode rural et l'attrait des villes restent puissants.
La stratégie de la Der repose sur un pari : parler aux jeunes dans leur langage, celui du numérique. Forages pilotés à distance via smartphone, distribution d'intrants dématérialisée, équipements modernes réduisant la pénibilité… L'objectif est de faire de l'agriculture un secteur attractif pour une génération connectée.
"Cinq hectares aménagés pour l'agriculture et l'élevage, je pense que cela peut les motiver", avance le Dr Aïda Mbodji. Une vision partagée au plus haut niveau de l'État, puisque le président Bassirou Diomaye Faye suit personnellement le dossier, particulièrement sensible au fléau du vol de bétail qui décourageait les femmes de se lancer dans l'élevage.
Des solutions technologiques existent : une start-up financée par la Der a développé des outils anti-vol qui seront déployés dans les fermes du programme. Une illustration concrète de la synergie entre innovation numérique et développement rural.
2026, l'année de la consolidation
Les perspectives pour l'année en cours sont claires. Après une année 2025 marquée par la mise en place des fondations, 2026 doit être celle de la montée en puissance. L'objectif affiché est d'injecter 9 milliards de FCFA pour atteindre le seuil des 100 fermes intégrées et connectées.
La convention avec la Bad n'a été signée que lors de la dernière semaine de 2025, mais tout est désormais opérationnel. Un lancement officiel de la phase active du programme est prévu pour la fin mars 2026, en présence des équipes de la Banque venues de Côte d'Ivoire.
Au-delà des chiffres, c'est une philosophie d'action que le Dr Aïda Mbodji entend incarner : "Nous poursuivrons notre approche proactive et positive en faveur de l'entrepreneuriat, en tenant compte des contraintes d'accès au financement et en renforçant l'accompagnement technique."
Avec, en ligne de mire, l'inscription dans le Plan stratégique de développement de la Der, aligné sur la "Vision Sénégal 2050". Une trajectoire qui fait de 2026 "l'année de l'autonomisation, de la souveraineté économique, de la création d'emplois et de la croissance durable".
Der/Fj Sénégal




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