Les paniers wolofs du Sénégal : Un savoir-faire ancestral à la conquête du monde, mais une plus-value qui échappe aux artisanes
- Le Patriote

- 6 janv.
- 2 min de lecture
À l’ombre d’un grand manguier, dans la cour sablonneuse de sa maison à Mborine, un village reculé du nord-ouest du Sénégal, Khady Sene, 35 ans, entrelace avec régularité des roseaux. Entourée d’une dizaine d’autres femmes, elle perpétue une technique héritée de ses aïeules. Ces paniers, fabriqués à partir de roseaux enroulés et liés par des bandes de plastique colorées (autrefois des fibres de palmier), vont des vans à céréales aux grands paniers à linge.
« Je fais ce travail depuis ma naissance », confie Khady Sene, mère de famille et artisane. Si les femmes de Mborine quittent rarement leur village, leurs créations, elles, parcourent le monde. Vendus localement le long des routes ou sur les marchés de Dakar à des prix modestes (environ 13 000 FCFA, soit 23 dollars, pour un grand panier à linge après passage par un intermédiaire), ces objets authentiques atteignent souvent plus de 150 dollars à l’étranger.
Une concurrence déloyale et une plus-value captée ailleurs
Le revers de cette success story : en retournant l’étiquette d’un panier « de style sénégalais » dans une grande enseigne occidentale, on découvre souvent une origine vietnamienne. Le Vietnam, important exportateur, inonde le marché de copies industrielles à bas coût, captant une part significative de la demande internationale. Pendant ce temps, les artisanes sénégalaises peinent à couvrir leurs coûts. « Ceux qui viennent au marché les achètent à des prix dérisoires », déplore Khady Sene.
Cette asymétrie met en lumière les défis du commerce équitable pour l’artisanat africain : manque d’accès direct aux marchés export, intermédiaires multiples et absence de protection de l’indication géographique pour ces produits emblématiques.
Un appel à un soutien public pour une valorisation juste
Khady Sene et ses collègues espèrent que les autorités mettront en place des conditions favorables pour mieux soutenir les artisanes : certification d’origine, formation à l’export, accès à des plateformes numériques et circuits courts. « Pour que nous puissions vivre de ce travail », insiste-t-elle.
Ce savoir-faire wolof, ancré dans l’identité culturelle sénégalaise, représente un potentiel économique sous-exploité. Dans un contexte où l’artisanat contribue à l’emploi rural et à la préservation des traditions, un soutien renforcé de l’État – via des labels « Made in Sénégal authentique », des partenariats avec des plateformes e-commerce équitables ou des campagnes de promotion internationale – pourrait transformer cette tendance mondiale en opportunité réelle pour les communautés villageoises.
Les paniers wolofs ne sont pas seulement des objets décoratifs : ils portent l’histoire, la résilience et le génie créatif d’un peuple. Leur succès international mérite une juste rétribution pour celles qui les tissent, jour après jour, à l’ombre des manguiers.
Les paniers wolofs du Sénégal : Un savoir-faire ancestral à la conquête du monde, mais une plus-value qui échappe aux artisanes



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