Renégociation des contrats stratégiques : 2000 milliards FCFA de gains pour le Sénégal
- Le Patriote

- il y a 21 heures
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Entouré d'une partie du gouvernement et des directeurs généraux des sociétés et agences publiques concernées, le chef du gouvernement a livré une radioscopie sans précédent de la contractualisation publique sénégalaise. L'exercice, présenté comme un acte de transparence et de redevabilité, visait à informer les citoyens sur l'état réel des engagements pris par l'État et sur les marges de manœuvre retrouvées grâce à leur révision.
Une démarche fondée sur des engagements de campagne
Dès son accession à la primature, Ousmane Sonko avait annoncé la couleur : il s'agissait de revisiter les conventions signées durant "la période critique", selon l'expression consacrée par les nouvelles autorités pour désigner les gouvernances antérieures. Des décrets avaient été retirés, des contrats dénoncés, des discussions engagées avec les partenaires techniques et financiers.
"Nous avons toujours posé la question de la transparence dans la contractualisation publique", a rappelé le Premier ministre en préambule. "Nous avions soulevé un certain nombre de problèmes dans nos écrits comme dans nos prises de parole. Nous avions dénoncé des contrats et conventions qui ne nous semblaient pas aller dans le sens des intérêts stratégiques du Sénégal."
Mais le chef du gouvernement a tenu à dédouaner les partenaires privés, souvent présentés comme les principaux bénéficiaires de ces déséquilibres. "Nos partenaires ne sont pas forcément les fautifs. Ceux à qui on avait confié la responsabilité de conduire le pays sont les principaux responsables", a-t-il insisté, saluant au passage la collaboration de certaines entreprises pour éviter des contentieux longs et coûteux.
Secteur minier : des milliards de manque à gagner identifiés
Le secteur des mines et de la chimie lourde concentre les montants les plus spectaculaires. L'examen de la convention liant l'État aux Industries chimiques du Sénégal (ICS) a révélé un manque à gagner estimé à 1075,9 milliards FCFA sur la durée du contrat.
Non-paiement des taxes et redevances, avantages fiscaux et douaniers indus, exonérations accordées sans base légale : le faisceau d'irrégularités est suffisamment dense pour que l'État exige des comptes. "Pour les redevances estimées à plus de 200 milliards FCFA, nous avons demandé au ministère de l'Énergie de faire la notification à l'entreprise", a précisé Ousmane Sonko.
Au-delà de la régularisation, c'est une nouvelle philosophie qui se dessine pour l'exploitation des ressources phosphatées. "Ce que nous voulons, c'est reprendre l'ensemble des actifs, définir par nous-mêmes ce que nous voulons de nos phosphates", a affirmé le Premier ministre, évoquant une stratégie ambitieuse : production d'engrais sur mesure pour le marché national et sous-régional, mais aussi développement de batteries, pour sortir de la simple exportation de matière brute.
Cimenteries : 360 milliards de gains annuels en perspective
Le secteur cimentier n'a pas été épargné par l'audit gouvernemental. Les quatre principales cimenteries opérant au Sénégal affichent des manques à gagner cumulés de plusieurs centaines de milliards de francs CFA : 160 milliards pour la première, 148 milliards pour la deuxième, 63 milliards pour la troisième et 47 milliards pour la quatrième.
Là encore, les causes sont identiques : non-paiement des taxes et redevances, avantages fiscaux inclus, exonérations sans fondement légal. La décision du gouvernement est sans appel : l'ensemble des opérateurs devra se conformer au régime fiscal et douanier de droit commun, notamment le Code de 2016 et le nouveau code en cours de finalisation. Cette remise à niveau devrait générer 360 milliards FCFA de recettes supplémentaires par an.
Dans le même registre, 71 titres miniers et de carrières seront retirés, dont 14 sur l'or, 8 sur l'argile, 5 sur le basalte, 8 sur le calcaire, 14 sur la latérite, et un sur le manganèse. Tous les titres non conformes aux engagements feront l'objet d'une renégociation.
Hydrocarbures : cap sur la souveraineté énergétique
Le secteur pétrolier et gazier, en plein développement avec l'entrée en production du champ gazier Grand Tortue Ahmeyim (GTA), partagé avec la Mauritanie, fait l'objet d'une attention particulière. Sans entrer dans le détail des discussions en cours, Ousmane Sonko a qualifié les contrats signés de "léonins", affirmant la volonté du Sénégal d'en renégocier le fond.
En attendant, l'urgence est à l'approvisionnement du marché local en gaz naturel. "Sur ces clauses-là, le Sénégal a le droit de demander à être approvisionné", a rappelé le Premier ministre. Les gains projetés sur la période 2026-2040 sont estimés à 900 milliards FCFA, auxquels s'ajoutent 1090 milliards FCFA de gains fiscaux.
Par ailleurs, plusieurs blocs pétroliers ont été résiliés : Djiender, Djiffer Offshore, Kayar offshore profond et peu profond, Saint-Louis peu profond, Rufisque offshore. Les discussions se poursuivent pour redimensionner des périmètres jugés trop vastes et non conformes aux standards internationaux.
Quant au bloc de Yaakaar-Téranga, l'État sénégalais devrait en reprendre le contrôle dans les prochaines semaines, "sans avoir à débourser un seul franc".
Infrastructures : des économies réinvesties sur le terrain
Le volet infrastructures concentre plusieurs dossiers emblématiques. Sur le programme de construction et d'équipement d'infrastructures éducatives dans les 45 départements, les renégociations ont permis de réduire l'enveloppe de 250 à 220 milliards FCFA, libérant 30 milliards de gains. Ces ressources seront affectées à la construction et à l'équipement de 2 000 salles de classe en remplacement des abris provisoires.
Même tendance pour les infrastructures universitaires : un marché de 38 milliards a été ramené à 32,8 milliards, soit un gain de 5,6 milliards réinvesti pour réduire le déficit en équipements pédagogiques et sociaux.
Le projet de construction de la Cité terme Sud, destinée aux Forces armées, a vu son coût passer de 75 à 50 milliards FCFA, libérant 25 milliards de ressources. Une partie de ces économies (15 milliards) servira à construire un immeuble de 108 logements pour officiers à la villa rose, tandis que 5 milliards seront consacrés à l'extension de l'École nationale des Officiers d'Active (ENOA).
Dans le secteur sanitaire, le marché de construction de l'hôpital de Bakel et du centre d'imagerie médicale de Fatick, d'un coût projeté de 71,3 milliards FCFA, a purement et simplement été résilié en raison de multiples irrégularités.
Électrification rurale et hydraulique : des services publics renforcés
Dans le domaine de l'électrification rurale, les contrats avec AEE Power et SAGEMCOM ont été renégociés, permettant des économies de 11,588 milliards FCFA et l'électrification de 534 localités supplémentaires.
Pour l'hydraulique, le contrat de l'usine de dessalement d'eau de mer, parmi les premiers revus, a vu l'effort de soutenabilité de l'État réduit de 20 à 17,5 milliards FCFA par an pour la première phase, et de 40 à 35 milliards pour la seconde. Le prix de l'eau dessalée passe de 427 à 389 FCFA/m3.
Dans le cadre du projet d'eau potable en milieu rural (60 milliards), un surcoût de 11 milliards a été identifié et retiré, permettant de faire passer le nombre de forages de 85 à 101. Les Îles du Saloum, les Îles de la Casamance, Médina Yoro Foula, le Ferlo et Kédougou bénéficieront d'une dotation renforcée.
Patrimoine bâti et loterie nationale : des redevances revues à la hausse
Sur le patrimoine bâti de l'État, Élimane Pouye, directeur général de la SOGEPA, a fait état de renégociations engagées sur 8 des 19 biens concernés, aboutissant à une contrepartie de plus de 25 milliards FCFA obtenue par l'État.
Quant à la Loterie nationale sénégalaise (LONASE), son directeur général Toussaint Manga a annoncé que tout opérateur évoluant dans le domaine digital au Sénégal devra désormais s'acquitter de redevances à hauteur de 30%, soit un doublement des recettes attendues pour l'entreprise publique.
Transparence et attractivité préservée
Au total, les annonces du Premier ministre dessinent un bilan chiffré impressionnant. Mais au-delà des montants, c'est la méthode qui a été mise en avant : un exercice de transparence assumé, présenté non comme un procès fait aux investisseurs, mais comme une remise à plat nécessaire après des décennies de contractualisation parfois approximative.
"Cet exercice n'est pas dirigé contre les partenaires, contre les investisseurs", a martelé Ousmane Sonko. "Les cas en cause sont infimes par rapport à la masse des investissements. Tout investisseur désireux de travailler honnêtement, dans un partenariat mutuellement gagnant, est le bienvenu au Sénégal."
Une façon de rassurer les milieux d'affaires tout en affirmant une nouvelle doctrine : l'État stratège, capable de défendre ses intérêts sans sacrifier son attractivité. Reste désormais à transformer ces milliards de gains en projets concrets pour les populations, et à inscrire dans la durée cette culture de la redevabilité.
Synthèse chiffrée des gains annoncés
Secteur | Montant |
ICS (manque à gagner identifié) | 1 075,9 Mds FCFA |
Cimenteries (gains annuels supplémentaires) | 360 Mds FCFA |
Bloc GTA (gains projetés 2026-2040) | 900 Mds FCFA |
Bloc GTA (gains fiscaux) | 1 090 Mds FCFA |
Autoroute à péage (ressources additionnelles/an) | 435 Mds FCFA |
Infrastructures éducatives (45 départements) | 30 Mds FCFA |
Infrastructures universitaires | 5,6 Mds FCFA |
Cité terme Sud | 25 Mds FCFA |
Centres de formation professionnelle | 6,68 Mds FCFA |
Électrification rurale | 11,588 Mds FCFA |
Hydraulique (eau potable milieu rural) | 11 Mds FCFA |
Renégociation contrats stratégiques Sénégal


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